Frédéric - Avril 2008

Vendredi 4 avril

Pour mon deuxième voyage aux Philippines, l’Office de Tourisme m’invite dans le cadre d’un voyage en petit groupe avec six autres agents de voyages à découvrir les plus beaux paysages de l’archipel : les rizières du nord de l’île de Luçon et le nord de l’île de Palawan. Rendez-vous à CDG ce matin à 10h. Il y a Aurélien, un vendeur « Asie » de mon principal concurrent, Maxime et Emmanuel, les responsables « Asie » de deux agences internet (un spécialiste des voyages de noces et un voyagiste orienté « séjours de luxe ») et des concepteurs de trois gros tour-opérateurs : Virginie travaille chez un généraliste qui propose du voyage individuel à la carte, Patrick gère le service « Asie » d’un spécialiste du voyage en groupe, et Roland dirige un tour-opérateur spécialiste des comités d’entreprise. Preuve que la profession s’intéresse à la destination.

Pour encadrer ce voyage, Maryline, ma copine de Singapore Airlines et Arnold et Blaise, de l’Office de Tourisme, que je connais bien pour travailler avec eux depuis un an sur la promotion de la destination. A l’aéroport, les présentations sont un peu tendues : font partie de groupe tous mes principaux concurrents et je n’aime pas du tout l’idée qu’ils voient tous la même chose que moi.

12 heures de vol dans l’un des B777 très confortables de la compagnie « 5 étoiles » nous attendent pour rejoindre Singapour. Il y a six mois, j’avais discuté à bâtons rompus avec mon voisin tout le temps du vol et j’étais arrivé épuisé. Je n’ai pas fait la même erreur cette fois-ci : la nuit dernière a été courte, j’ai pris un somnifère pendant le déjeuner, et sur les 12 heures de vol, j’en ai passé au moins 7 à dormir.

Samedi 5 avril

Il est presque une heure du matin à Paris, l’heure à laquelle d’habitude, je m’apprête à me coucher mais presque 7h du matin à Singapour. Même si j’ai bien dormi dans l’avion, je ne me sens pas complètement reposé. Besoin de respirer de l’air frais.

Mes compagnons de voyage réclament une pause-cigarette. Maryline, qui travaille chez Singapore Airlines et qui connaît l’aéroport comme sa poche nous propose de nous accompagner au sunflower-deck : on y restera au moins une heure à y admirer le soleil levant. Requinqué par l’air ambiant, j’attaque un copieux petit déjeuner dans l’aéroport et envoie quelques mails depuis l’une des 500 bornes internet disséminées dans le terminal 2.

Deuxième vol. 3 heures 30 plus tard, l’arrivée à Manille est plus chaotique que le confortable transit de Singapour. L’aéroport grouille de monde, l’attente aux guichets de la police est longue, il fait chaud et je sais que 35° et près de 100% d’humidité nous attendent.

Nous retirons un peu d’argent et nous interrogeons sur le taux de change. Mes réflexes reviennent vite : pendant 10 jours, on va compter en francs : 1000 pesos = 15 €. Donc 1000 pesos = 100 francs…

Voyager avec Singapore Airlines, ça veut dire arriver à 13h15 à Manille. C’est un horaire assez agréable pour rejoindre le centre-ville : le matin et en fin d’après-midi, on est certain de perdre au moins deux heures dans les embouteillages de cette ville de plus de 15 million d’âmes. On nous accorde 20 minutes pour prendre une douche et nous changer. Nous attaquons ensuite un visite rapide du centre historique : j’aime beaucoup Casa Manila, héritage de l’époque coloniale espagnole, qui me rappelle les petits villages andalous. Nous visitons quelques églises baroques et le parc Rizal, du nom du héros national philippin.

Le guide nous explique l’histoire des Philippines : 333 années sous domination espagnole, puis 50 ans de domination américaine, la IIème guerre mondiale et les mauvais souvenirs des exactions japonaises et enfin la dictature de Marcos. Si les Philippins ont l’air aussi joyeux, c’est peut-être parce qu’ils ont conscience de leur récente liberté. 

Dîner fastueux au buffet du restaurant « le Spiral » du Sofitel. Six chefs concoctent des spécialités philippines, japonaises, chinoises, indiennes, méditerranéennes et « internationales ». Nous nous gavons de sushis avant de nous installer dans nos grandes chambres. Rien de surprenant dans leur aménagement : c’est Sofitel : confortable, douillet, impeccable.

Le meilleur rapport qualité/prix de Manille dans la catégorie « luxe ». Même si au premier abord, j'aurais sans doute préféré un hébergement plus authentique que cette grande barre de 609 chambres, il n’y a rien à reprocher au Sofitel.

Dimanche 6 avril

Dans ce type de voyage, on va en général deux fois plus vite que les voyageurs « normaux ». Départ 6 heures du matin. Essayer de ne pas penser qu’à Paris, il est minuit. Pour l’instant, je supporte bien le jet-lag. La route va être longue : il faut au moins 9 heures pour rejoindre Banaue. Arrêt à l’extraordinaire cimetière chinois, joyeux et coloré, le plus grand cimetière chinois au monde, une véritable ville dans la ville. Nous y observons amusés des « tombeaux » construits comme des maisons, avec cuisine, toilettes et climatisation.

La route est bonne et le minibus confortable. Entre les arrêts réguliers toutes les deux heures, le chauffeur nous apporte mille détails sur l’histoire du pays et la vie quotidienne des Philippins. A San Fernando, nous nous arrêtons devant des églises qui semblent enterrées : lors de la dernière éruption du Mont Pinatubo, en 1991, les environs ont été ensevelis sous plusieurs mètres de cendres. La nature a repris ses droits sur les cendres : des maisons ont été complètement recouvertes mais les églises, plus hautes, voient leur partie supérieure émerger… On y rentre donc par ce qui étaient les fenêtres. 

Au fil de la route, sans que nous n’en ayons vraiment conscience, le paysage change : les plaines ont fait place à une végétation plus touffue. Vers 17 heures, la végétation devient plus sèche, plus alpine et la route plus difficile. Nous arrivons à Banaue après le coucher du soleil sans que nous nous soyons aperçus que nous sommes en pleine montagne !

Il y a un seul hôtel de classe « touriste » à Banaue. Le Banaue Hotel a dû être moderne et en bon état il y a quelques années mais il a bien mal vieilli. On y trouve au moins un lit confortable, une douche chaude et un dîner de qualité. Mes confrères qui vendent du luxe commencent à s’étrangler. Je me dis qu’il faut vraiment prévenir les clients que l’hôtel est basique. Bonne surprise : un massage d’une heure coûte 350 pesos. Combien font 35 francs en euros ? Pas grand-chose. Le masseur est tonique mais grâce à lui, je ne sens plus les dix heures de route. 

Lundi 7 avril

Aujourd’hui, c’est le véritable début du voyage : nous allons enfin découvrir les rizières en terrasses, considérées comme la huitième merveille du monde. Elles ne se font pas attendre longtemps : à 5h30 (on se lève tôt aux Philippines…), en ouvrant la fenêtre de ma chambre, je découvre un spectacle saisissant : les rizières sont là.

à une petite heure de (mauvaise) route, nous découvrons des villages nichés aux creux des rizières. Le paysage est magnifique : de mars à juin, les rizières sont d’un vert éclatant. Nous sommes très impressionnés de savoir que toutes ces rizières ont été construites par la main de l’homme il y a seulement 2000 ans. Vraiment, la fatigue des dix heures de route d’hier est déjà oubliée ! Ce spectacle nous récompense largement de cet effort dérisoire.

Et comme peu de touristes consentent à faire un si long voyage, nous ne croisons dans les rizières que les paysans qui cultivent le riz. Agréable impression de faire partie des rares privilégiés à profiter de ce spectacle magnifique. Des vieillards en costume traditionnel ifugao acceptent de se faire photographier contre quelques pesos. Je ne retrouve pas la vieille dame que Thibault a prise en photo l’an dernier et qui illustre depuis notre site web.

Nous visitons quelques maisons traditionnelles et notre guide nous raconte les légendes et les histoires des Ifugaos… Ils ont arrêté de couper systématiquement la tête de leurs ennemis il y a environ 50 ans. Déjeuner rapide et route vers Sagada par une route escarpée. Dans des grottes magnifiques, sont coincés les tombeaux des anciens qui choisissaient de ne pas être enterrés. Nous voyons des rivières, des cascades : le spectacle de la nature est saisissant. Nous visitons des ateliers de confection. Une balade tout de même assez tranquille, surtout quand on la compare avec ce que nous allions vivre le lendemain !

En tout cas, nous avons complètement oublié Paris, nos clients et nos collègues... sauf quand les sonneries de nos portables retentissent en fin d’après-midi. Il est lundi matin en France et une semaine « normale » vient à peine d’y commencer. C’est à ce moment précis que nous nous rendons compte que même si nous sommes déjà complètement dépaysés, nous ne sommes aux Philippines que depuis deux jours.

A Sagada, visite du Saint Joseph Inn, un  ancien couvent reconverti en petit hôtel simple et convivial. J’y croise des clients. Le soir, retour à Banaue fatigués mais enchantés. Au Banaue Hotel, un spectacle de danses traditionnelles est proposé. Nous avons certes plus exaltant aujourd’hui mais comme nous sommes patients et bien élevés, nous regardons jusqu’au bout. Le guide nous dira le lendemain qu’il n’a jamais vu un groupe entier survivre au spectacle complet. Avons-nous vraiment été héroïques ?

Mardi 8 avril

Aujourd’hui, c’est à 4h45 qu’on nous a réveillés. J’essaie de ne pas penser qu’à Paris, j’ai du mal à ouvrir un œil avant 8h30. Pour l’expédition d’aujourd’hui, on nous a conseillé de troquer nos baskets contre de solides chaussures de marche. Je ne suis pas très rassuré car je suis conscient d’être le garçon le moins sportif de la terre : certes, j’habite au 5ème étage sans ascenseur, mais pour moi, la pratique d’un sport est limitée (outre aux escaliers de mon immeuble) à la descente de quelques pistes de ski, à condition qu’on me fasse la promesse d’arrêts-vin chaud réguliers…

Notre minibus est resté au parking et c‘est en jepneey locale qu’on va grimper jusqu’à Batad. La beauté des rizières en amphithéâtre est à couper le souffle et lorsque le guide demande qui est volontaire pour voir les rizières d’en bas, je me surprends à être l’un des premiers à me manifester. « On » ne me reprochera pas d’avoir reculé à la première difficulté après avoir volé 11000 kilomètres. La descente est ardue, la balade dans les rizières (elles ne sont pas en pierres ici, mais en boue) est sublime même si je déchante un peu lorsqu’il faut remonter.

Heureusement, certains de mes compagnons d’infortune sont de grands fumeurs ce qui me permet de ne pas être à la traîne. Petit moment de honte lorsque nous nous faisons dépasser par des enfants ou des vieillards chargés qui ne semblent pas ressentir le moindre souci à remonter les rizières. Je suis parvenu au sommet essoufflé, épuisé, les cuisses endolories et avec l’impression d’être fiévreux tellement j’ai eu chaud… Avec les trois autres courageux, nous forçons en tout cas le respect de ceux qui sont restés en haut et nous leur expliquons que vraiment… ils ont raté quelque chose. 

Retour à Banaue. Visite du Fairview Inn, au confort décidément très très simple. (mais plus chaleureux que le Banaue Hotel même si leurs manques d’entretien sont malheureusement assez comparables) 

Avant de rentrer à l’hôtel, visite du village de Banaue. Nous achetons des fruits au marché, rions avec des enfants et ne résistons pas à l’appel du shopping. Je ne succombe quand même pas au tee-shirt « I survived to Banaue rice terraces » mais repars flanqué de trois statues de guerrier et de « dieux du riz » à un prix dérisoire.

Heureusement que je ne pars jamais en voyage sans un sac de voyage vide. Route de 15 h à 1 heure du matin. L’ambiance entre les membres du groupe est maintenant excellente. Nos impressions sur les rizières sont très différentes. Certains rechignent à proposer cette région à leurs clients ; j’avoue mal imaginer un groupe de 40 personnes à Batad ou une clientèle très exigeante sur le confort hôtelier au Banaue Hotel. Mais un spectacle de cette qualité vaut quelques sacrifices. C’est ce que je m’efforcerai d’expliquer à mes clients.

Arrêts réguliers dans des villages où nous achetons des fruits, des gâteaux, de l’eau et des sodas. Du peso à l’euro en passant par le franc, nous calculons trois fois les prix : même avec plusieurs méthodes de calcul, une bouteille de soda américain coûte entre 10 et 15 centimes. Sourires compris. 
A une heure du matin, nous retrouvons avec bonheur le Sofitel et une chambre au confort absolu. Le Banaue Hotel est bien loin. Demain, commence un autre voyage, vers les îles celui-là.

Mercredi 9 avril

J’ai manqué le lever de soleil sur la baie de Manille. Ce matin, nous n’étions pas obligés de nous lever à 5 heures.

Comme aujourd’hui, le groupe va se séparer en deux équipes, c’est un peu notre dernier petit déjeuner ensemble. Nous nous sommes donné rendez-vous 2 heures avant le check-out pour passer un peu de temps ensemble, dans le beau jardin du Sofitel qui fait face à la baie de Manille.

4 agents de voyages vont à Bohol (que j’ai déjà visité il y a 6 mois). Avec Maryline, Aurélien et Maxime, je vais découvrir Boracay, le Saint Trop’ asiatique. Adieux à l’aéroport. C’est bizarre : il y a 5 jours, nous ne nous connaissions pas, il y a 3 jours, l’ambiance était encore un peu tendue entre nous, et là, c’est comme si nous étions de vieux amis. Je suis ravi de ne pas quitter Maryline et Maxime avec qui j’ai partagé mille émotions dans les rizières. 

Le terminal des vols intérieurs est bondé, il n’y a pas de clim’ et c’est la cohue : une vraie impression d’Asie et de vacances. Vol de 40 minutes vers Caticlan, en face de l’île de Boracay, trop petite pour avoir son propre aéroport. Des groupes de Coréennes en vacances entre filles (des enterrements de vie de jeunes filles sans doute) se prennent en photo dès la descente de l’appareil. Transfert rapide en minibus, en bateau, à nouveau en minibus et enfin en tricycle. White beach mérite son nom : une étendue d’eau turquoise baigne une longue plage de sable blanc, des hôtels sont construits sur tout le front de mer, mais jamais plus haut que les palmiers (c'est la règle ici). Du coup, on a construit aussi en deuxième, puis troisième et quatrième lignes de plage.

Déjeuner à l'Asya Boracay en deuxième ligne de plage. Bon rapport qualité prix pour ce petit hôtel de 31 chambres à la décoration design. Nous nous installons au Sandcastles dans de belles chambres face à la mer. Nous le visiterons plus tard : deux minutes après notre arrivée, comme nous n’avons pas pu résister, nous sommes déjà tous les quatre dans l’eau tiède et transparente.

Malgré cette agréable impression d'être ici en vacances, les rendez-vous avec les hôtels vont s’enchaîner tout l’après-midi. Pas le temps de traîner ! Sur white beach, on visite 5 ou 6 hôtels pas tous intéressants.

Je retiens pour mes clients le Friday's (40 belles chambres construites en bambou) et le Discovery Shores qui vient d’ouvrir (73 suites très design, dans un environnement moderne). Spectacle de danses traditionnelles philippines, dîner délicieux au Friday’s, bières San Miguel (plus que de raisonnable) et nombreux cocktails sur la plage transformée en discothèque.

Nous retrouvons nos Coréennes de l’aéroport ou leurs nombreuses clones. La nuit sera très très courte. Le front de mer de Boracay n’est de toute façon pas étudié pour dormir : sitôt les dernières notes de disco tues, les pêcheurs et les vendeurs arrivent sur la plage. Et comme nos chambres donnent sur la plage, vous imaginez le bruit !

Jeudi 10 avril

Aujourd’hui, nous avons loué un bateau pour faire le tour de l’île. Nous avons mis 4 heures avec nombreux arrêts palmes, masque et tuba. Nous avons exploré des grottes et pique-niqué sur un banc de sable. Encore une fois, j’ai l’impression d’être en vacances. De temps en temps, nous nous sommes arrêtés pour visiter des hôtels ; le Red Coconuts est vraiment trop près de l’agitation. The Tides essaie d’être design mais ses finitions sont pas approximatives. Quand je pense que cet hôtel vient d’ouvrir, je me dis qu’il va vieillir bien vite.

Le Nami Beach est amusant, perché sur une falaise… on y accède grâce à un ascenseur monte-charge branlant (Maryline a eu un gros coup de stress au dernier moment et a préféré ne pas monter). Un Shangri-La va ouvrir en novembre ; le chantier est imposant. Tout près, le Microtel est simple, sans charme mais d’un bon rapport qualité-prix. A l’unanimité, la palme de l’hôtel le plus moche visité depuis le début de notre voyage revient au Panoly, un modèle dans le genre « mauvais goût ».

L’après-midi, visite du Mandala Villas and Spa. Coup de cœur pour les villas. On nous Y offre un spa divin. 2 heures de bonheur total : à la nuit tombée, au moment de sortir, nous sommes dans un état de décontraction assez absolu !  Par l’action conjuguée du spa et de la très courte nuit d’hier, nous tombons de sommeil. Les folles nuits de Boracay devront se passer de nous ce soir. 

Vendredi 11 avril

Une journée sans grand intérêt. C’est qu’en étant tellement gâtés, nous devenons très exigeants !

Un dernier bain de mer à Boracay, à nouveau l’expédition « tricycle + minibus + bateau + minibus » pour rejoindre l’aéroport de Caticlan, puis le vol Asian Spirit de 40 minutes, l’attente des bagages, un transfert en bus pour l’aérogare spécial « El Nido » et nous retrouvons l’autre moitié notre groupe, enchantée de son voyage à Bohol.

Le minuscule aérogare « El Nido » est en fait un terminal de l’aéroport de Manille dédié à la compagnie ITI (Island Transvoyager Inc) qui opère trois vols quotidiens entre Manille et El Nido en Dornier 228 de 19 sièges. En général, ils ne prennent pas plus de 16 passagers parce qu’ils sont limités au niveau du poids (de là à nous dire qu’on est gros il n’y a qu’un pas…).

A l’enregistrement, on nous pèse et on nous demande de ne prendre comme bagage que le nécessaire. (on n’a le droit qu’à 12 kilos de bagages, tous les sprays sont interdits en cabine comme en soute). Nos gros bagages attendront au terminal, on les retrouvera dimanche, à notre retour d’El Nido. 
Décollage. Survol de Manille, du sud de Luzon, de Mindoro et de l'archipel de Busuanga. 1h40 au dessus d’îlots turquoise plus tard (j’ai encore pris au moins 50 photos), nous arrivons sur la piste d’El Nido.

Nous sommes au milieu de nulle part et un bateau nous attend pour rejoindre Lagen Island. Pendant 40 minutes, nous naviguons sur une mer d’huile entre des falaises de calcaire noir. Impression de puissance de la nature. Le paysage semble vierge, impressionnant mélange de vert (la jungle inexplorée de Palawan), de bleu (la mer de Chine) et de noir (celui des falaises).

Petit à petit, nous discernons de mieux en mieux la petite baie de Bacuit se rapprocher. Lagen, un petit resort de 51 chambres caché au fond de la baie, à flanc de falaise nous attend. On nous installe dans de vastes « water cottages », bungalows sur pilotis, meublés dans le style traditionnel philippin. Les terrasses des cottages ont une vue imprenable. C’est magique.

Nous n’avons pas le temps de s’installer : le resort veut nous montrer de quoi il est capable pour les clients d’exception. A cinq minutes de bateau, on nous emmène sur un banc de sable où a été dressée une table pour deux, entourée de dizaines de bougies. A quelques mètres de là, s’affairent quatre cuisiniers qui finissent de préparer un barbecue de fruits de mer. Dans une heure, un couple viendra dîner, et au dessert, un jeune Japonais sortira de sa poche une bague de fiançailles et demandera sa petite amie en mariage. Comment pourrait-elle refuser ? Je me dis que quelle que soit la personne qui me demanderait en mariage ici, j’accepterais ! (renseignement pris le lendemain, elle a dit oui !). 

Joy, la directrice commerciale de l’hôtel nous indique une petite île, juste à côté de Lagen et nous explique que c’est là qu’a été tourné Koh Lanta l’année dernière. L’accompagnateur de l’office du Tourisme nous confie que cette année encore, Koh Lanta sera à nouveau tourné aux Philippines. Nous voudrions bien entendu savoir où exactement, le menaçons de torture, mais nous ne saurons rien de plus : le secret sera gardé jusqu’à début mai.

Retour à Lagen Island. Dîner aux chandelles au bord de la piscine (personne ne me demande en mariage). Buffet raffiné. La piscine me tente mais après le dîner, c’est le bar qui nous attire inexorablement. La Bohol team et la Boracay team se racontent leurs deux derniers jours ; nous parlons aussi de nos expériences de voyages passés et de nos rêves jusqu’au bout de la nuit. Il règne une atmosphère délicieusement romantique et magique sur cette île. Personne ne veut aller dormir. Certains s’endorment sur l’immense sofa atour de la piscine.

Samedi 12 avril

Une fois encore, c’est le soleil qui nous sort de la douce torpeur de la fin de nuit. Nous sommes encore trois sur le sofa. Je ne saurais vous dire qui s’est endormi le dernier et encore moins vous dire comment on dort dans les lits des water-cottages de Lagen.

La sortie « pêche » commence à 6 heures précises, donc dans dix minutes. Nous sommes quatre à avoir le courage de nous lever. Lever du soleil au large de la baie de Lagen. Les marins nous servent du café et des cookies. Certains s’essaient à la pêche et ça marche ! Nos accompagnateurs mangeront le produit de la pêche au petit déjeuner.

C'est là que nous nous sommes rendu compte que nous n’avons pas complètement intégré la culture philippine : le poisson au petit matin, c’est trop ! Douche et deuxième petit déjeuner (complet, celui-ci…) au restaurant de Lagen. Comme certains d’entre nous avons dormi moins d’une heure la nuit dernière, la journée promet d’être difficile ! 

Nous allons vivre comme des clients : à El Nido, la formule « all inclusive » comprend tout sauf certains alcools et la plongée sous-marine. Après la pêche, Nous allons tester la plupart des activités de loisirs. El Nido a installé deux « beach clubs » sur deux îles autour de Lagen et Miniloc, où sont construits les resorts : Pangulasian Island et Entalula Island.

Avant et après un pique-nique des plus élaborés sur la plage, nous testerons la plongée avec palmes, masque et tuba, l’escalade (au même endroit que les concurrents de Koh Lanta paraît-il), un peu de marche dans la forêt (que certains appelleront pompeusement « trek », mais j’ai du mal à nommer « trek » la marche en tongs), du kayak dans les lagons, un peu de beach-volley avant la sieste et du badminton. Certains réclament un massage sur la plage. Quel dur métier nous faisons…

La journée passe trop vite et nous arrivons à Miniloc Island. Le resort est plus familial et baba-chic que Lagen. Aux Philippines, après les hôtels d’une à 4 étoiles, il y a une différence de classement parmi les 5 étoiles entre les A, les AA et les AAA. Lagen est AAA quand Miniloc est simplement A. Il y a plusieurs catégories de chambres : des water cottages comme à Lagen, des « beach side » construites comme leur nom l’indique directement sur la plage et des « cliff cottages » à flanc de colline, cachés dans la végétation.

Nous visitons les chambres et l’une des attractions de Miniloc, l’aquarium naturel : entre le dernier ponton qui permet d’arriver au resort et la plage, une vaste étendue d’eau peu profonde est le sanctuaire de milliers de poissons multicolores. Les voyageurs peuvet se baigner avec eux et les nourrir. Impossible de résister à cet appel : nous sommes comme des enfants… 

Joy a prévu pour nous un barbecue sur une île déserte. Dîner délicieux de fruits de mer (ici non plus, personne ne m’a demandé en mariage), massage sur la plage au retour au resort. Ce soir-là, je me suis couché tôt pendant que la plupart des membres du groupe ont rêvé sous les étoiles aux subterfuges qu’ils pourraient employer pour ne pas prendre le vol du lendemain.

Dimanche 13 avril

Ce matin-là, malgré le brainstorming de la veille pour trouver une solution pour ne pas partir, nous sommes tous à l'heure au petit déjeuner. Après avoir dévalisé la boutique d'El Nido pour rapporter tee-shirts, casquettes et babioles, dernier petit déjeuner en regardant la mer.

Nous reprenons ensuite le bateau pour l’aérodrome. Nous contemplons l‘immensité du paysage la gorge nouée et le cœur lourd. J’aperçois des larmes perler dans les yeux de Maxime et Virginie. Je dois détourner le regard pour résister, mais tout autour, je ne peux pas éviter la majesté des paysages : El Nido aura laissé des traces. Je me dis que dans ce métier, on voyage sans arrêt, on est souvent reçus comme des rois dans les plus beaux hôtels, mais on se souviendra tous avec émotion d’El Nido. Je redeviens professionnel cinq minutes et me demande comment je pourrai « vendre » un séjour à El Nido. L’émotion de cette expérience ne peut pas être racontée : elle se vit ! 

Il faut refaire le trajet dans l’autre sens : après le bateau, quelques minutes de jeepney, puis le vol pour Manille. Comme à l’aller, je passe mon temps à admirer les îlots que nous survolons. Nous récupérons nos gros bagages (et les statues de Banaue) au terminal « El Nido » de l’aéroport de Manille et arrivons à Makati, le quartier des affaires.

Installation au Shangri-La Makati. Immense, imposant, confortable, luxueux mais pas toujours de bon goût. Il coûte 40% plus cher que le Sofitel, il est mieux placé, mais je préfère largement le Sofitel. Déjeuner buffet délicieux et pantagruélique. Champagne. On retrouve Venus, la directrice pour l’Europe de l’Office de Tourisme des Philippines, qui m’avait accompagné dans les Visayas il y a six mois et qui encadre cette semaine un groupe d’Allemands.

Nous visitons ensuite quelques hôtels meilleur marché que le Sofitel ou le Shangri La. Le G hotel est amusant avec sa décoration design ; on l’imaginerait bien à New-York, Berlin ou Tokyo, mais moins à Manille. Une bonne adresse toutefois. La Corona est notre premier prix à Manille. Bon rapport qualité-prix et en plus, il est en face des bureaux de mon correspondant à Manille. Bien pratique !

Le dimanche après-midi, comme tous les Philippins, nous allons dans un mall faire du shopping. C’est le choc : jeans de marque à 40 €, tee-shirts mode et marrants à 5 €. Pour le shopping, Manille est bien plus intéressante que Singapour ou Hong-Kong. Nous revenons chargés comme les pires accros au shopping un premier jour de soldes. 

Après le dîner, nous nous retrouvons tous dans le quartier de la Green Belt à Makati au Havana, un bar dansant pour boire un verre de mojito, puis deux, puis d’autres, jusqu’au milieu de la nuit. Il va falloir que je prenne des vacances pour me remettre physiquement de ce voyage !

Lundi 14 avril

En fait, dans ce voyage, on se lève tôt pour ne rien faire. La comparaison entre ce voyage aux Philippines et mon service militaire s’arrêtera là. Nous avions rendez-vous à la réception à 4h45, tous sacs réorganisés et fermés. Les ravages de la nuit au Havana se lisaient sur certains visages. Transfert vers l’aéroport, plusieurs passages à la police et la douane, questions des fonctionnaires zélés, paiement des taxes de sortie et de sécurité : c'est la dure règle des Philippines.

Mes clients ne comprennent jamais pourquoi il leur est demandé d’arriver au plus tard 3 heures avant le départ à Manille, je leur expliquerai. Vol tranquille pour Singapour. Arrivée à Singapour un peu avant midi. Comme c’est Singapore Airlines qui a offert nos billets, nous allons passer la journée dans la ville-état que j’ai l’impression de déjà connaître par cœur.

Après le dîner, douche à l’aéroport (4 €) pour se remettre des 34° et 92% d’humidité de Singapour et visite du nouveau terminal 3 de l’aéroport le plus récompensé au monde (penser à y envoyer du staff d’ADP en stage : ça leur ferait du bien). 

Décollage à 23h55. (c'est ce qu'on m'a dit : je me suis endormi contre le hublot sitôt assis), pas de dîner (Maryline s’est presque battue avec l’hôtesse qui insistait pour me nourrir.) et atterrissage en pleine forme à CDG à 7 heures du matin. Le décalage horaire dans ce sens-là est un vrai plaisir : ça n’est vraiment qu’en rentrant d’Asie qu’on peut se coucher à minuit, dormir 10 heures et être tôt le matin au bureau !

Embrassades émues à l’aéroport. Tout le monde se promet de se revoir mardi prochain pour dîner (nous serons tous là, sauf l'un seul d’entre nous, qui repart dimanche en Tanzanie en inspection : quel métier difficile vous dis-je !).

Je partage un taxi avec Maxime, qui habite près de chez moi (à nous deux, on a sept valises, dont deux remplies presque uniquement de statues : le chauffeur est impressionné). Je reprends mes esprits : je dois raconter ce voyage à mes collègues et travailler sur la construction des prochains voyages de mes futurs clients. Je vais mettre quelques jours à atterrir vraiment, me dire que j’ai vraiment vécu ce voyage et qu’il n’était pas un rêve.