Frédéric - Avril 2008 Vendredi 4 avrilPour mon deuxième voyage aux Philippines, l’Office de Tourisme m’invite dans le cadre d’un voyage en petit groupe avec six autres agents de voyages à découvrir les plus beaux paysages de l’archipel : les rizières du nord de l’île de Luçon et le nord de l’île de Palawan. Rendez vous à CDG ce matin à 10h. Il y a Aurélien, un vendeur « Asie » de mon principal concurrent, Maxime et Emmanuel, les responsables « Asie » de deux agences internet (un spécialiste des voyages de noces et un voyagiste orienté « séjours de luxe ») et des concepteurs de trois gros tour-opérateurs : Virginie travaille chez un généraliste qui propose du voyage individuel à la carte, Patrick gère le service « Asie » d’un spécialiste du voyage en groupe, et Roland dirige un tour-opérateur spécialiste des comités d’entreprise. Preuve que la profession s’intéresse à la destination… Pour encadrer ce voyage, Maryline, ma copine de Singapore Airlines et Arnold et Blaise, de l’Office de Tourisme, que je connais bien pour travailler avec eux depuis un an sur la promotion de la destination. A l’aéroport, les présentations sont un peu tendues… il y a dans ce groupe tous mes principaux concurrents et je n’aime pas l’idée qu’on voit tous la même chose… 12 heures de vol dans l’un des B777 très confortables de la compagnie « 5 étoiles » nous attendent pour rejoindre Singapour. Il y a six mois, j’avais discuté à bâtons rompus avec mon voisin tout le temps du vol et j’étais arrivé épuisé. Je n’ai pas fait la même erreur cette fois-ci… la nuit dernière a été courte, j’ai pris un somnifère pendant le déjeuner, et sur les 12 heures de vol, j’en ai passé au moins 7 à dormir… Samedi 5 avrilIl est presque une heure du matin à Paris, l’heure à laquelle d’habitude, je m’apprête à me coucher mais presque 7h du matin à Singapour. Même si j’ai bien dormi dans l’avion, je ne me sens pas complètement reposé. Besoin de respirer de l’air frais… mes compagnons de voyage réclament une pause-cigarette. Maryline, qui travaille chez Singapore Airlines et qui connaît l’aéroport comme sa poche nous propose de nous accompagner au sunflower-deck : on y restera au moins une heure à y admirer le soleil levant. Requinqué par l’air ambiant, j’attaque un copieux petit déjeuner dans l’aéroport et envoie quelques mails depuis l’une des 500 bornes internet disséminées dans le terminal 2. Deuxième vol… 3 heures 30 plus tard, l’arrivée à Manille est plus chaotique que le confortable transit de Singapour. L’aéroport grouille de monde, l’attente aux guichets de la police est longue, il fait chaud… et je sais que 35° et près de 100% d’humidité nous attendent… Nous retirons un peu d’argent et nous interrogeons sur le taux de change. Mes réflexes reviennent vite : pendant 10 jours, on va compter en francs : 1000 pesos = 15 €. On dira donc 1000 pesos = 100 francs… Voyager avec Singapore Airlines, ça veut dire arriver à 13h15 à Manille. C’est un horaire assez agréable pour rejoindre le centre-ville : le matin et en fin d’après-midi, on est certain de perdre au moins deux heures dans les embouteillages de cette ville de plus de 15 million d’âmes. On a 20 minutes pour prendre une douche et se changer. On attaque ensuite un visite rapide du centre historique : j’aime beaucoup Casa Manila, héritage de l’époque coloniale espagnole, qui me rappelle les petits villages andalous. On visite quelques églises baroques et le parc Rizal, du nom du héros national philippin.
Le guide nous explique l’histoire des Philippines : 333 années sous domination espagnole, puis 50 ans de domination américaine, la IIème guerre mondiale et les mauvais souvenirs des exactions japonaises et enfin la dictature de Marcos. Si les Philippins ont l’air aussi joyeux, c’est peut-être parce qu’ils ont conscience de leur récente liberté. Dîner fastueux au buffet du restaurant « le Spiral » du Sofitel. Six chefs concoctent des spécialités philippines, japonaises, chinoises, indiennes, méditerranéennes et « internationales ». On se gave de sushis avant de s’installer dans nos grandes chambres. Rien de surprenant dans leur aménagement : c’est Sofitel : confortable, douillet, impeccable… le meilleur rapport qualité/prix de Manille : même si au premier abord, on préfèrerait sans doute un hébergement plus authentique que cette grande barre de 609 chambres, il n’y a rien à reprocher au Sofitel. Dimanche 6 avrilDans ce type de voyage, on va en général deux fois plus vite que les voyageurs « normaux ». Départ 6 heures du matin… Essayer de ne pas penser qu’à Paris, il est minuit… Pour l’instant, je supporte bien le jet-lag. La route va être longue : il faut au moins 9 heures pour rejoindre Banaue… Arrêt à l’extraordinaire cimetière chinois, joyeux et coloré, le plus grand cimetière chinois au monde, une véritable ville dans la ville. On y observe des « tombeaux » construits comme des maisons, avec cuisine, toilettes et climatisation… La route est bonne et le minibus confortable. Entre les arrêts réguliers toutes les deux heures, le chauffeur nous apporte mille détails sur l’histoire du pays et la vie quotidienne des Philippins. A San Fernando, on s’arrête devant des églises qui semblent enterrées : lors de la dernière éruption du Mont Pinatubo, en 1991, les environs ont été ensevelis sous plusieurs mètres de cendres. La nature a repris ses droits sur les cendres : des maisons ont été complètement recouvertes mais les églises, plus hautes, voient leur partie supérieure émerger… On y rentre donc par ce qui étaient les fenêtres. Au fil de la route, sans que nous n’en ayons vraiment conscience, le paysage change : les plaines ont fait place à une végétation plus touffue. Vers 17 heures, la végétation devient plus sèche, plus alpine et la route plus difficile. On arrive à Banaue après le coucher du soleil sans que nous nous soyons aperçus que nous sommes en pleine montagne ! Il y a un seul hôtel de classe « touriste » à Banaue. Le Banaue Hotel a dû être moderne et en bon état il y a quelques années… mais il a bien mal vieilli. On a au moins un lit confortable, une douche chaude et un dîner de qualité. Mes confrères qui vendent du luxe commencent à s’étrangler. Je me dis qu’il faut vraiment prévenir les clients que l’hôtel est basique… Bonne surprise : un massage d’une heure coûte… 350 pesos. Combien font 35 francs en euros ? pas grand chose… Le masseur est tonique mais grâce à lui, je ne sens plus les dix heures de route… Lundi 7 avrilAujourd’hui, c’est le véritable début du voyage : on va enfin découvrir les rizières en terrasse, considérées comme la huitième merveille du monde. Elles ne se font pas attendre longtemps : à 5h30 (on se lève tôt aux Philippines…), en ouvrant la fenêtre de ma chambre, je découvre un spectacle saisissant : les rizières sont là… à une petite heure de (mauvaise) route, on découvre des villages nichés aux creux des rizières. Le paysage est magnifique : de mars à juin, les rizières sont d’un vert éclatant. On est très impressionnés de savoir que toutes ces rizières ont été construites par la main de l’homme il y a seulement 2000 ans. Vraiment, la fatigue des dix heures de route d’hier est déjà oubliée ! Ce spectacle nous récompense largement de cet effort dérisoire. Et comme peu de touristes consentent à faire un si long voyage, on ne croise dans les rizières que les paysans qui cultivent le riz. Agréable impression de faire partie des rares privilégiés à profiter de ce spectacle magnifique. Des vieillards en costume traditionnel ifugao acceptent de se faire photographier contre quelques pesos. Je ne retrouve pas la vieille dame que Thibault a prise en photo l’an dernier et qui illustre depuis notre site web… On visite quelques maisons traditionnelles et notre guide nous raconte les légendes et les histoires des ifugaos… Ils ont arrêté de couper systématiquement la tête de leurs ennemis il y a environ 50 ans… Déjeuner rapide et route vers Sagada par une route escarpée. Dans des grottes magnifiques, sont coincés les tombeaux des anciens qui choisissaient de ne pas être enterrés. On voit aussi des rivières, des cascades… Le spectacle de la nature est saisissant. On visite des ateliers de confection. Une balade tout de même assez tranquille, surtout quand on la compare avec ce que nous allions vivre le lendemain ! En tout cas, on a complètement oublié Paris, nos clients et nos collègues... sauf quand les sonneries de nos portables retentissent en fin d’après-midi. Il est lundi matin en France et une semaine « normale » vient à peine d’y commencer. C’est à ce moment précis qu’on se rend compte que même si on est déjà complètement dépaysés, on n’est aux Philippines que depuis deux jours… A Sagada, visite du Saint Joseph Inn, un ancien couvent reconverti en petit hôtel simple et convivial. J’y croise des clients. Le soir, on rentre à Banaue fatigués mais enchantés. Au Banaue Hotel, un spectacle de danses traditionnelles est proposé. On a vu plus exaltant aujourd’hui mais comme on est patients et bien élevés, on regarde jusqu’au bout… Le guide nous dira le lendemain qu’il n’a jamais vu un groupe entier survivre au spectacle complet… A-t-on vraiment été héroïques ? Mardi 8 avril
Aujourd’hui, c’est à 4h45 qu’on nous a réveillés… J’essaie de ne pas penser qu’à Paris, j’ai du mal à ouvrir un œil avant 8h30… Pour l’expédition d’aujourd’hui, on nous a conseillé de troquer nos baskets contre de solides chaussures de marche. Je ne suis pas très rassuré car je suis conscient d’être le garçon le moins sportif de la terre : certes, j’habite au 5ème étage sans ascenseur, mais pour moi, la pratique d’un sport est limitée (outre aux escaliers de mon immeuble) à la descente de quelques pistes de ski, à condition qu’on me fasse la promesse d’arrêts-vin chaud réguliers… Notre minibus est resté au parking et c‘est en jepneey locale qu’on va grimper jusqu’à Batad. La beauté des rizières en amphithéâtre est à couper le souffle et lorsque le guide demande qui est volontaire pour voir les rizières d’en bas, je me surprends à être l’un des premiers à me manifester. « On » ne me reprochera pas d’avoir reculé à la première difficulté après avoir volé 11000 kilomètres. La descente est ardue, la balade dans les rizières (elles ne sont pas en pierres ici, mais en boue) est sublime même si je déchante un peu lorsqu’il faut remonter. Heureusement, certains de mes compagnons d’infortune sont de grands fumeurs… Et on se fait dépasser par des enfants ou des vieillards chargés qui ne semblent pas ressentir le moindre souci à remonter les rizières. Je suis parvenu au sommet essoufflé, épuisé, les cuisses endolories et avec l’impression d’être fiévreux tellement j’ai eu chaud… Avec les trois autres courageux, on force en tout cas le respect de ceux qui sont restés en haut et on leur explique que vraiment… ils ont raté quelque chose… Mercredi 9 avril
J’ai manqué le lever de soleil sur la baie de Manille. Ce matin, on n’est pas obligés de se lever à 5 heures… Comme aujourd’hui, le groupe va se séparer en deux équipes, c’est un peu notre dernier petit déjeuner… On s’est donné rendez-vous 2 heures avant le check-out pour passer du temps ensemble, dans le beau jardin du Sofitel qui fait face à la baie de Manille. 4 agents de voyages vont à Bohol (que j’ai déjà visité il y a 6 mois) ; avec Maryline, Aurélien et Maxime, je vais découvrir Boracay, le Saint Trop’ asiatique… Adieux à l’aéroport. C’est bizarre : il y a 5 jours, on ne se connaissait pas, il y a 3 jours, l’ambiance était encore un peu tendue entre nous, et là… c’est comme si on était de vieux amis. Je suis ravi de ne pas quitter Maryline et Maxime avec qui j’ai partagé mille émotions dans les rizières. Jeudi 10 avrilAujourd’hui, on a loué un bateau pour faire le tour de l’île. On a mis 4 heures avec nombreux arrêts palmes, masque et tuba… exploration de grottes… pique-nique sur un banc de sable… encore une fois, j’ai l’impression d’être en vacances. De temps en temps, on doit s’arrêter pour visiter des hôtels… Le Red Coconuts est vraiment trop près de l’agitation… The Tides essaie d’être design mais ses finitions ne sont pas terribles… quand on pense que cet hôtel vient d’ouvrir, on se dit qu’il va vieillir très vite… le Nami Beach est assez marrant, perché sur une falaise… on y accède grâce à un ascenseur monte charge branlant (Maryline a eu un gros coup de stress au dernier moment et a préféré ne pas monter). Un Shangri-La va ouvrir en novembre ; le chantier est imposant. Tout près, le Microtel est simple, sans charme mais d’un bon rapport qualité-prix. A l’unanimité, la palme de l’hôtel le plus moche visité depuis le début de notre voyage revient au Panoly, un modèle dans le genre « mauvais goût ». L’après-midi, visite du Mandala Villas and Spa. Coup de cœur pour les villas. On nous offre un spa divin. 2 heures de bonheur total : quand on sort à la nuit tombée, on est dans un état de décontraction assez absolu... Par l’action conjuguée du spa et de la très courte nuit d’hier, on a très sommeil… Les folles nuits de Boracay devront se passer de nous ce soir… Vendredi 11 avril
Une journée sans grand intérêt. C’est qu’on devient exigeants tellement on est gâtés ! un dernier bain de mer à Boracay, à nouveau l’expédition « tricycle + minibus + bateau + minibus » pour rejoindre l’aéroport de Caticlan, puis le vol Asian Spirit de 40 minutes, l’attente des bagages… un transfert en bus pour l’aérogare spécial « El Nido » et on retrouve l’autre moitié notre groupe, enchantée de son voyage à Bohol. Le minuscule aérogare « El Nido » est en fait un terminal de l’aéroport de Manille dédié à la compagnie ITI (Island Transvoyager Inc) qui opère trois vols quotidiens entre Manille et El Nido en Dornier 228 de 19 sièges. En général, ils ne prennent pas plus de 16 passagers parce qu’ils sont limités au niveau du poids (de là à nous dire qu’on est gros il n’y a qu’un pas…). A l’enregistrement, on nous pèse et on nous demande de ne prendre comme bagage que le nécessaire. (on n’a le droit qu’à 12 kilos de bagages, tous les sprays sont interdits en cabine comme en soute). Nos gros bagages attendront au terminal, on les retrouvera dimanche, à notre retour d’El Nido. Samedi 12 avril
Une fois encore, c’est le soleil qui nous sort de la douce torpeur de la fin de nuit. On est encore trois sur le sofa. Je ne saurais vous dire qui s’est endormi le dernier et encore moins vous dire comment on dort dans les lits des water-cottages de Lagen… La sortie « pêche » commence à 6 heures précises, donc dans dix minutes. On est quatre à avoir le courage de se lever… On assiste au lever du soleil au large de la baie de Lagen. Les marins nous servent du café et des cookies. Certains s’essaient à la pêche et ça marche ! Nos accompagnateurs mangeront le produit de la pêche au petit déjeuner. Là, on s’est rendu compte qu’on n’a pas complètement intégré la culture philippine : le poisson au petit matin, c’est trop ! Douche et deuxième petit déjeuner (complet, celui-ci…) au restaurant de Lagen. Comme certains d’entre nous avons dormi moins d’une heure la nuit dernière, la journée promet d’être difficile ! Dimanche 13 avril
Ce matin là, malgré le brainstorming de la veille pour trouver une solution pour ne pas partir, on est tous au petit déjeuner. Après avoir dévalisé la boutique d'EL Nido our rapporter tee-shirts, casquettes et babioles, dernier petit déjeuner en regardant la mer. On reprend le bateau pour l’aérodrome. On contemple l‘immensité du paysage la gorge nouée et le cœur lourd. J’aperçois des larmes perler dans les yeux de Maxime et Virginie. Je dois détourner le regard pour résister, mais tout autour, je ne peux pas éviter la majesté des paysages : El Nido aura laissé des traces. Je me dis que dans ce métier, on voyage sans arrêt, on est souvent reçus comme des rois dans les plus beaux hôtels, mais on se souviendra tous avec émotion d’El Nido. Je redeviens professionnel cinq minutes et me demande comment je pourrai « vendre » un séjour à El Nido. L’émotion de cette expérience ne peut pas être racontée… Elle se vit ! Lundi 14 avril
En fait, dans ce voyage, on se lève tôt pour ne rien faire… La comparaison entre ce voyage aux Philippines et mon service militaire s’arrêtera là. On avait rendez-vous à la réception à 4h45, tous sacs réorganisés et fermés… Les ravages de la nuit au Havana se lisaient sur certains visages. Transfert vers l’aéroport, plusieurs passages à la police et la douane, questions des fonctionnaires zélés, paiement des taxes de sortie et de sécurité… mes clients ne comprennent jamais pourquoi il leur est demandé d’arriver au plus tard 3 heures avant le départ à Manille… vol tranquille pour Singapour. Arrivée à Singapour un peu avant midi… Comme c’est Singapore Airlines qui a offert nos billets, on va passer la journée dans la ville-état que j’ai l’impression de déjà connaître par cœur… Après le dîner, douche à l’aéroport (4 €) pour se remettre des 34° et 92% d’humidité de Singapour et visite du nouveau terminal 3 de l’aéroport le plus récompensé au monde (penser à y envoyer du staff d’ADP en stage…ça leur ferait du bien). | ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |










































